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Janvier 1959, les
troupes révolutionnaires entrent dans la Havane. Fidel
Castro dîne dans un restaurant qui se trouve être le
fleuron du quartier chinois, «le Pacifico». Le Tout-Havane
s’y bouscule. Depuis un siècle, les Chinois ont eux
aussi fait ce pays. Ils y ont amené le riz, la "corneta
china" (trompette ) et des expressions.
Grands amateurs de tabac,
ils travaillèrent beaucoup au départ dans les usines à tabac de
Guanabacao, près de la Havane. Sans toutefois n’avoir jamais fumé
le cigare: de Chine ils avaient importé leur pipe en métal, munie
d’un système de filtre à eau. A Cuba, ils inventèrent une pipe
en canne de bambou, toujours avec un filtre à eau. |
Ils firent la guerre d’indépendance dans l’armée des Mambis (insurgés).
L’un des trois premiers citoyens cubains de la nouvelle république, en 1899, était un général chinois. Au XIXe siècle, ils furent
plus de 100 000, pour la plupart en célibataires, transformés
contre leur gré en esclaves déguisés par la puissance espagnole
et les compagnies britanniques.
Peu à peu, l’île les a «cubanisés». Beaucoup de chinois, ont épousé
des Noires ou des mulâtres. La «china negra», un type de femme
très apprécié des Cubains.
En 1959, il reste 30 000
Chinois de nationalité. Dans Centro Habana, leur quartier est
fameux: il a ses restaurants, ses échoppes de fruits et légumes,
ses blanchisseries. Dans la première partie du siècle, la deuxième
vague de migrants, celle des Chinois d’Amérique, a importé de
Californie ses activités de négociants. Pourtant après 1968, les
nationalisations et l’interdiction des magasins privés ont eu
raison de l’animation du quartier.
Le restaurant " le Pacifico " disparaît. Cuba a
choisi la fermeture et le cordon soviétique. Les relations
avec les Etats-Unis cessent, se refroidissent avec la Chine.
Mettant fin à l’émigration.
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Il
reste aujourd’hui 430 Chinois dans l’île, dont 220 à
la Havane. Ils ont en moyenne 80 ans. On en croise,
parfois solitaires, dans les rues de la Havane. Ils
ont conservé leurs associations et, également un journal. |
Jusque dans les années quatre-vingt-dix, «Kwang Wah Po» a été
quotidien, puis il a paru trois fois, deux fois, et maintenant
une fois par semaine. Imprimé sur huit pages, au plomb, en caractères
chinois, chaque mercredi. Seule la dernière page est en espagnol:
elle vante le pouvoir en place, comme tout le monde.
Ce monument historique où se trouve implanté ce journal, se
visite sans problème. Le journal dépend, depuis 1987, du casino
le « Chung Wah » (cercle, club) ou le « San-Fan-Con », le
casino s’appèle ainsi parce que les Espagnols l’on voulu lorsqu’ils
l’ont créé, le 9 mai 1893. Cuba était encore pour six ans,
une colonie. Un siècle plus tard, ce cercle regroupe l’essentiel
des associations chinoises, et compte 3 200 membres. Il est
installé dans un grand immeuble datant de 1954, face à la
fabrique de " Partagas ". Naguère, il n’était habité
que par des Chinois: une grande inscription, " Edificio
China ", le rappelle.
Le Casino de San-Fan-Con
Le casino n’occupe plus
aujourd’hui qu’un étage. A l’intérieur du casino, une salle
immense, ornée de banderoles chinoises, nous transporte immédiatement
en Chine. Des rangées de rocking-chairs, dans lesquels lisent
des vieux comme suspendus dans le temps, dans un grand calme,
mènent à la monstrueuse table de gala. On pratique ici, la
gymnastique, la méditation... Dans un bureau, un médecin donne
régulièrement des consultations de médecine chinoise, et une
salle accueille l’autel " Kuan Kung ". Guerrier
chinois de l’époque des Royaumes combattants.
Il fut le symbole de l’union des syndicats chinois dans les
années trente. Il est représenté vêtu de rouge, sur un cheval.
Son nom cubain est "San-Fan-Con ". San-Fan-Con est
assimilé à Chango, saint cubain de la force, en rouge et noir.
Ce qui rend le casino si attachant, ce sont les deux frères
qui le dirigent, Alfonso et Jorge Chao Liu. Ils ont une cinquantaine
d’années.
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