Vivement la Révolution !

Les nouveaux guérilleros du Net 
Alors que le régime du líder máximo est entré dans son hiver, l’invasion du dollar accroît les inégalités sociales à Cuba, La jeunesse, elle, cherche maintenant à s’évader grâce à la musique techno ou sur Internet.


Washington Post  (extrait)

L’ordinateur portable a remplacé le béret en guise d’emblème de la révolution parmi les milliers de Cubains – de jeunes hommes pour la plupart – qui ont joué de ruses subversives pour accéder à Internet, en dépit de la loi cubaine qui en interdit l’utilisation privée sans autorisation. Ces informáticos, comme ils se baptisent entre eux, constituent la résistance à un régime qui, depuis la révolution 1959, cherche à empêcher la circulation de l’information.

Encouragés par les timides mesures étatiques pour raccorder le pays à Internet, un nombre croissant de Cubains ignorent l’interdiction officielle de consulter les pages d’informations étrangères, d’écouter des sites de musique piratée et de suivre des cours informatique en ligne. Le tout précipite malgré elle l’île vers l’âge de l’information. « Je suis de la génération née juste après la révolution », explique un ingénieur de 31 ans qui, comme les autres internautes clandestins, n’accepte de parler qu’à condition de garder l’anonymat.

« Nous avons tous vu ces énormes ordinateurs soviétiques reliés entre eux et si peu performants. Avec le PC et Internet arrivent de nouvelles façons de penser, en toute indépendance. Pour nous, Bill Gates et Linus Torvalds sont des gourous. »

Le gouvernement communiste cubain, qui a vu l’information contribuer à la désintégration de l’Union soviétique, a donné un coup de frein au Net, tandis que dans le reste de l’Amérique latine le nombre d’utilisateurs doublait chaque année. Dès son arrivée au pouvoir, Fidel Castro a eu pour souci de contrôler ce que les Cubains écoutaient et lisaient. Ils n’ont accès qu’aux journaux, à la radio et à la télévision d’Etat, mais nombre d’entre eux écoutent régulièrement les émissions étrangères (souvent brouillées). Le fait qu’Internet constitue une menace sérieuse au monopole de l’information n’a pas échappé aux autorités. Cuba est l’un des pays de la région qui comptent le moins d’ordinateurs et de téléphones par habitant. 

Seuls quelques Cubains triés sur le volet, ceux qui sont en mesure de se procurer des dollars américains, peuvent s’offrir un ordinateur. Il est interdit de s’équiper au marché noir. Mais, d’après les dissidents et les fans d’informatique, des milliers de jeunes Cubains le font quand même. En théorie, on ne peut avoir accès à Internet sans la permission des autorités. Dans un pays qui compte 11 millions d’habitants, seuls 40 000 fonctionnaires, chefs d’entreprise et étrangers l’ont reçue, d’après les estimations officielles.

Mais des milliers d’autres personnes ont trouvé le moyen de se connecter frauduleusement sur ces liens autorisés. Le régime commence à peine à avoir un avant-goût de l’âge de l’information, après avoir accusé pendant des années l’embargo américain de priver l’île des moyens nécessaires à cette entrée. Cuba prévoit d’ouvrir une dizaine de cybercafés à la Havane en 2001, avec l’aide d’investisseurs étrangers, et de consacrer 100 millions de dollars par an à des équipements qui pourraient rendre la Toile plus accessible. Dans l’ancienne capitale coloniale espagnole, les cours d’informatique dispensés par les clubs de jeunes sont bourrés d’élèves âgés de 4 à 40 ans. Une nouvelle race d’entrepreneurs a fait son apparition : elle aide le gouvernement à créer des pages web pour la plupart destinées à attirer les touristes sur l’île. On défonce les rues pour poser des lignes de téléphone numériques et le câble.

Reste à savoir si ces investissements s’accompagneront d’une libéralisation de la politique gouvernementale.
Les dissidents pensent que l’accès au réseau restera interdit chez soi, qu’il sera contrôlé par le gouvernement dans les lieux publics et coûtera de toute façon trop cher pour la plupart des Cubains.