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Nicolás Guillén
Nicolás Guillén, né à Camargüey
en 1904, est le grand nom de la poésie cubaine au vingtième
siècle. Issu d'un milieu ouvrier, il fit des études de droit
et devint avocat avant de se tourner vers le journalisme en
fondant, en 1923, la revue Lirio. |
C'est en 1930 que Guillén publie ses premiers
poèmes, Motivos de son, dans une revue de La Havane. Inspirés de
la tradition musicale populaire afro-cubaine, ses textes empruntaient
leur thème à la vie et au langage des Noirs et des mulâtres de La Havane.
Guillén inaugurait ainsi ce qui devait fonder l'essentiel de sa poétique,
l'appel au respect de la personne humaine et l'éloge du métissage entre
les cultures noire et européenne.
Il développa ces thèmes dans ses recueils
suivants, Sóngoro Cosongo (1931), West Indies Limited (1934)
et plus tard Elegías (1948-1958), La Paloma de vuelo popular
(1958), Tengo (1964), où s'affirmait son refus de l'injustice,
de la colonisation et de l'impérialisme.
Puis Guillén amorça une évolution politique importante: ne se satisfaisant
plus désormais de peindre la vie de tous les jours des pauvres et des
opprimés, il commença à lutter en leur faveur. Les poèmes para soldados
y sones para turistas , (1937) manifestent son engagement croissant.
Cette même année, il quitte Cuba pour voyager au Mexique, en Amérique
du Sud et en Espagne, où il prend part à la guerre civile aux côtés des
républicains. Le recueil España, poema en cuatro angustias y una esperanza,
(1937) traduit l’admiration de Guillén pour le patrimoine espagnol et
son désespoir devant sa destruction. , il publia des poèmes sur son expérience
de la guerre en Espagne, ainsi que des portraits de ses amis républicains,
En la guerra de España (1988). S'étant exilé à Paris après le coup
d'État de Batista en 1952, il y revint en 1959, après la révolution castriste,
et devint membre actif du Parti communiste et chantre du régime. Elu président
de l'Union des écrivains et artistes de Cuba en 1961, il fut proclamé
«poète national» et occupa des fonctions administratives jusqu'à sa mort
en 1989.
Son originalité, sa maîtrise des techniques
poétiques liées à son engagement politique ne se sont jamais démenties.
Les traductions de ses oeuvres ont permis à un vaste public de s’initier
à la culture afro-cubaine, profondément originale, que Guillén a tenté
de préserver en fondant la Sociedad de estudios afrocubanos.
Poême :
Peux-tu me vendre l'air qui passe entre tes doigts
et fouette ton visage et mêle tes cheveux?
Peut-être pourrais-tu me vendre cinq pesos de vent,
ou mieux encore me vendre une tempête?
Tu me vendrais peut-être
la brise légère, la brise
(oh , non, pas toute!) qui parcourt
dans ton jardin tant de corolles,
dans ton jardin pour les oiseaux,
dix pesos de brise légère? |
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