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Fidel Castro
consacra ses insomnies à trouver des solutions alimentaires d'urgence,
tout en continuant de veiller personnellement sur une agriculture
d'art et essai : rizières dans la banlieue de La Havane ; cultures
délicates de fruits spéciaux ; élevage de vaches frisonnes du
Canada ; fabrication de fromages français remarquables à coût
prohibitif ; distillerie de whisky Old Havana, dévoilant les goûts
secrets de Fidel, et vendu seulement dans les boutiques pour étrangers;
foie gras expérimental d'oies élevées sous la surveillance directe
du Commandant et dont il approvisionnait naguère les leaders sandinistes
à l'occasion des anniversaires de la victoire de Daniel Ortega.
Fidel adore parler cuisine.
Le dominicain Frei Betto, dans son livre d'entretiens Fidel y la
Religion, rappelle avec quelle précision le Commandant lui décrivit
comment on prépare les crevettes et les langoustes.
"Il vaut mieux ne pas les faire cuire ; l'eau bouillante
en réduit le goût, la saveur, et durcit légèrement la chair. Je
préfère les faire griller au four ou en brochettes. Cinq minutes
suffisent pour des brochettes de crevettes ; la langouste au four
onze minutes, et six minutes en brochette sur la braise. Seuls condiments
: beurre, ail et citron. La bonne nourriture est toujours simple.
Les cuisiniers internationaux gaspillent trop. "
L'interventionnisme culinaire de Fidel est connu.
Une fois, il offrit à un couple d'Américains des côtelettes un
gigot d'agneau, et s'installa dans leur cuisine comme chef superviseur,
conseillant de paner la viande et de la faire frire. La dame préférait
plutôt la faire griller au barbecue. Fidel, piqué au vif, lâcha
tout, fit demi-tour. Et s'en alla.
Quand Fidel Castro était jeune étudiant, son professeur Moreno Fraginals
l'invitait chez lui. Fidel allait directement à la cuisine, examinait
ce qui se préparait pour dîner et disait à Mme Fraginals : "Laisse-moi
frire les bananes, je vais te montrer comment il faut faire. "Stupéfaite,
elle lui demanda s'il pensait tout savoir. " Presque tout ",
répondit-il.
Lorsqu'il chasse des canards sauvages, il aime en surveiller la
cuisson. Sa passion pour le foie gras et les fromages français
l'a conduit à encourager les recherches sur le gavage des canards
de Cuba et sur la production d'un lait de haute qualité indispensable
à la fabrication de fromages exquis. Il fait d'abord goûter le
résultat de ses expériences culinaires aux membres de la nomenklatura
du régime : en premier, les pinchos, l'élite militaire ; ensuite,
les mayimbes, l'élite civile.
Castro aime tout savoir, même les termes péjoratifs inventés
par les Cubains pour désigner les privilégiés dont toute révolution
a besoin.
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