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La vallée fertile de Viñales
est encerclée de montagnes et son paysage est parsemé d'affleurements
rocheux spectaculaires. Les techniques agricoles traditionnelles
y sont toujours utilisées, en particulier pour la production de
tabac. C'est un paysage culturel enrichi par l'architecture traditionnelle
de ses fermes et villages. Une riche société pluri-ethnique s'y
perpétue, illustrant le développement culturel de Cuba.
A l'extrémité ouest de l'île, la vallée de Viñales, inscrite au Patrimoine de l'humanité, offre
un paysage magique de collines et de grottes. C'est là surtout que poussent les meilleures feuilles de havane.
Sur
le flanc ouest de la Cordillère de Guaniguanico, sous la Sierra
de los Órganos (la Sierra des Orgues), apparaît une région de montagnes
en pierre calcaire appelées mogotes - aux sommets arrondis, aux
versants quasi verticaux - surgies de la mer voici plus de deux
millions d'années et façonnée pendant le Jurassique. Enfanté dans
des conditions difficiles, son relief porte la trace des élévations,
dénivellations, abîmes et autres frictions liés à l'érosion.
C'est sur ces terres que poussent les franges rouges, étranges,
des plants de tabac. Presque brûlés par le sel, ils reverdissent
sous l'action d'un soleil permanent. Vers 1800, des producteurs
de tabac, venus pour la plupart des Iles Canaries, développèrent
la culture de la plante dans toute la région qu'on appelle communément
Vuelta abajo (Tournée vers le bas). Deux siècles plus tard, cette
culture demeure la raison d'être de la Vallée de Viñales, qui produit
661 000 quintaux de feuilles par an. Seules les meilleures sont
acheminées à La Havane, où des centaines de cigariers et de bagueurs
les transforment en cigares. Le pays en produit soixante-cinq millions
qui, rangés dans des boîtes en cèdre, sont exportés dans le monde
entier.
Le
tabac est une plante qui demande un travail de patience. Certains
disent même qu'elle pousse mieux si on lui parle. Du moment précis
(entre octobre et décembre) où elle est plantée et récoltée, dépendra
sa conservation ou sa perte, car elle sera devenue aigre ou acide.
La Vallée de Viñales dans la province
de Pinar del Rio est, comme le tabac, réservée, parcimonieuse, tranquille
et renfermée. Ceux qui ne l'ont jamais visitée doivent savoir que
ce lieu recèle des espèces animales et végétales uniques et quasiment
en voie d'extinction, comme le palmier de corcho (palmier-liège,
Restonea regia), l'agave, le macusey femelle, le chêne-caïman ou
le dragonnier. Ignorant l'arrivée de la civilisation et toute autre
musique que leurs chants, les oiseaux présentent aussi une extraordinaire
diversité et portent des noms sonores comme tomeguines des pins
(Euethia lépida), sinsontes (Mimus polyglottus), toties (Angelaius
humeralis)…
Ici, les Indiens Guanajatabeyes
s'étaient aménagés des abris primitifs à l'intérieur de cavernes
creusées dans le mogote, où l'on a retrouvé des objets de leur culture
nomade et des restes fossilisés de mammifères du pliocène, inscrustés
dans la pierre. Dans la profondeur des grottes nagent des poissons
albinos et volent des chauves-souris-papillons. Certaines, comme
la Cueva del Indio (Grotte de l'Indien), redécouverte en 1920, recèlent
quatre kilomètres de canaux souterrains qui se visitent à bord de
petits canots, A Viñales, c'est la nature qui peint Revenir à la
Vallée de Viñales, c'est la redécouvrir. On sent planer au-dessus
d'elle un silence, un calme, un mystère dissimulé dans le brouillard
du matin.
Les
pluies abondantes de la saison humide ont délavé les façades, naguère
brillantes, qui luisent comme des mosaïques ternies. A quatre kilomètres
du village, le mogote Dos Hermanas (Les Deux Sœurs) exhibe, sur
un de ses versants, la Fresque de la Préhistoire, une œuvre impressionnante
de 120 mètres de haut sur 180 mètres de large, où le Cubain Leovigildo
González, disciple du fresquiste mexicain Diego de Rivera, a peint
les animaux et autres créatures qui vivaient dans cette région aux
temps préhistoriques. Ceux qui n'auraient pas lu le poème de José
Lezama Lima Sous l'arche de Viñales, qui n'auraient pas vu les tableaux
du peintre cubain Domingo Ramos, ni contemplé la Fresque de la Préhistoire,
doivent savoir que cette vallée qui semble surgie de l'océan dans
la partie la plus occidentale de l'île, est un lieu d'art par excellence,
où la Nature elle-même a composé son tableau.
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