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Pedro Juan Gutierrez

Trilogie sale de La Havane

Pedro Juan Gutierrez


Pedro Juan Gutierrez

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Trilogie sale de La Havane
Pedro Juan Gutierrez (Auteur), Bernard Cohen (Traduction)

Né à Cuba en 1950, Pedro Juan Gutierrez est un citoyen pas très anonyme. Admiré et controversé, il est longtemps censuré à Cuba mais aussi aux États-Unis ou il est considéré comme l’un des auteurs les plus anticonformiste d’Amérique Latine. Il sera à la fois marchand de glaces, coupeur de canne à sucre, dessinateur industriel, soldat, dirigeant syndical, professeur ou animateur de radio, peintre, sculpteur, et écrivain. Une vie décalée et quelque peu morose qui donne lieu a un art très sombre, très cru mais surtout riche par son expérience du terrain.


Gutierrez aime se définir comme un “créateur”. D’ailleurs ses œuvres ne se limitent pas a des fictions ; teintés de réflexions sur l’art, la peinture ou la sculpture, l’auteur cherche le beau dans le laid ou peut être le laid dans le beau. En mettant comme point central de l’œuvre la haine, la mort et le sexe, Gutierrez est souvent comparé a Charles Bukowski ou Henry Miller pour leur style très décadent et leur vision pessimiste du pathos humain.
En 2002, l’auteur cubain reçoit le prix Alfonso Garcia-Ramos pour son œuvre Animal Tropical. Cependant, c’est son précédent ouvrage qui le fera connaitre sur la scène internationale: Trilogie sale de la Havane.


Gutierrez nous apprend à revoir notre définition du beau. A travers de longues descriptions d'excréments, de crasse, d'odeurs nauséabondes que les femmes de La Havane dégagent, du pus qui jaillit de son pénis pour couvrir les seins flasques des prostituées, Gutierrez nous entraine dans un monde si loin de la civilisation. Bourru, lunatique, hostile. Des romans effrayants qui traversent les profondeurs abyssales de la vulgarité Havanaise. Tout est mis en œuvre pour nous dégouter ou nous exciter.

Sorte d’autoportrait aggravé, on s’attache dans le premier livre au journaliste civil et propre, et au fur et à mesure que l’on contemple la noyade du personnage, on ne lit plus les propos intelligents que pour s’adonner à du voyeurisme.
Le propos de l’œuvre de Pedro Juan Gutierrez. Trilogie sale de La Havane, on observe le journaliste qui n’a pas perdu la veine de rapporter ce qu’il en est : La Havane délabrée, appauvrie, moche. Les thèmes varient de la pulsion sexuelle à la pourriture du corps humain. Une relation a l’art pas très occidental mais qui ne va pas sans rappeler que l’œuvre est d’abord celle qui fascine. En cela on retrouve l’artiste. Tout cela sur fond d’alcoolisme et de débauche sexuelle. On salue le citoyen cubain, sa vie, son ennui, son profond mal-être.


Si toute ses œuvres sont teintées de critique sociale du régime castriste, on ne peut s’empêcher d’admirer un monde improbable a nos yeux, ou blanc et noir des ghettos cubains ne sont pas mêlés a des soucis de discrimination tant déjà la pénurie est grande. Gutierrez nous dit : quand il n’y a rien il n’y pas de raisons de détester puisque chacun est déjà un ennemi.

Chantre du " réalisme sale ", l'auteur de Trilogie sale de La Havane et d'Animal tropical élargit ici sa saga de la ville phare des Caraïbes. Il y évoque le destin protéiforme de sa population la plus pauvre et marginale : mendiants, prostituées, travestis, vendeurs ambulants, ivrognes ; crève-la-faim... âmes, perdues à la lisière de la mort, faune terrible et apocalyptique. Dans la vieille ville, toute de décrépitude et d'idéaux disparus, un adolescent soupçonné de meurtre fait ses armes et apprend la vie. Plus rien ne lui importe, sinon la survie et la liberté. Ainsi deviendra-t-il " le roi de La Havane " tant son attirance, animale et fatale, pour la crasse, le sexe, est forte. Plus forte que lui. Une langue en feu d'artifice, un érotisme débarrassé de remords, un regard à la fois tendre et terriblement cynique sur le Cuba du castrisme crépusculaire : Pedro Juan Gutiérrez laisse parler " la voix des sans voix " dans ce roman dérangeant, probablement l'une des grandes " expériences " de la littérature latino-américaine contemporain.

www.pedrojuangutierrez.com/