Persécutions et tortures



Cimarrons et rancheadores

Esclaves cubainsA Cuba, dit-on, l'esclave aurait été moins persécuté qu'ailleurs. cependant les murs des palais gardent encore des anneaux d'acier qui résument la sinécure. Dès le XVIe siècle, on lâche les chiens derrière des fugitifs, les cimarrons, et toute capture est synonyme de tortures. Au XIXe, la traque est un métier confié à des rancheadores.
On fouette au sol même les femmes enceintes : où va se loger l'humanisme ? L'esclave peut aussi jouer de la musique et danser, après vingt heures à suer dans les plantations. Certains se refusent à porter ne serait-ce qu'une pincée de sucre - icône du malheur - jusqu'à leurs lèvres. D'autres, en revanche se suicideront en avalant de la terre. La plupart se réfugient dans le spirituel: Chango, dieu du Tonnerre, les gris-gris et le crucifix - tout un ensemble de croyances afro-cubaines.

Baracoa, Cuba

1812

Canne a sucreAvec un vrai courage, le Noir empoigne sa machette pour la bonne cause. En 1812, José Antonio Aponte rêve de soulever les esclaves. Nègre affranchi, charpentier, prêtre de la santeria, il est surnommé le "Spartacus de Cuba". Comme tel, il finira à la fosse. Le 9 octobre 1841, des esclaves détachés à la construction du palais des Aldama se révoltent. On envoie la troupe.
En 1862, c'est une grève d'esclaves dans un moulin à sucre de Miguel de Aldama. Qui prend leur défense. Il financera, jusqu'à sa ruine, la lutte indépendantiste.

1868

l'île de la TortueEn 1868, Carlos Manuel de Cespedes libère tous les esclaves de sa plantation: la demajagua. Acte fondateur du père de la patrie, c'est un coup d'envoi à la guerre de Dix ans. Les zones d'insurrection ? Celles du sucre: les provinces de Las Villas et de Santiago. En 1878, la paix de Zanjon ne règle rien. La révolution est en marche. Avec les esclaves, les fils de famille: Emilio et Facundo Bacardi, les rois du rhum, sont arrêtés. Don Emilio sera déporté en Afrique du Nord et incarcéré dans un pénitencier espagnol. Il n'est pas le seul. En 1895, derrière les poèmes, les discours et les moustaches de José Marti, les insurgés remettent ça.

Viva Cuba libre!

Lancés à Baire, un 24 février, le fameux " cri de Baire " et ses " Viva Cuba libre! " appellent au combat. Pour épaissir les rangs, le général Maceo, alias "le Titan de bronze"- mulâtre et idole des Noirs - doit préciser: " La guerre terminée, chaque soldat recevra 30 pesos. "
Le 19 mai, à Dos Rios, José Marti est tué. Mais il laisse un credo qui resservira:
" Pour l'indépendance de Cuba, il est de mon devoir d'empêcher la mainmise des Etats-Unis sur les Antilles et leur invasion... Je connais le Monstre, car j'ai vécu dans son antre."

Antonio Maceo, Maximo Gomez

Port de La HavaneConduits par Antonio Maceo, Maximo Gomez et Quintin Banderas, les rebelles attaquent à Mal Tiempo et laissent derrière eux un tapis de têtes espagnoles. Les Loucoumis ont chargé à la machette et, comme chacun sait, un Loucoumi ne recule jamais. Puis tout dégénère. La version lyrique est une chose; la réalité, une autre: de la guérilla, on vire au banditisme. Des chefs de bataillon agissent comme des pirates. Un par un, ils se feront acheter par les Espagnols, La lutte s'éteint à petit feu. C'est ce que signifie, de La Havane, un télex de Frederic Remington, illustrateur au New York Journal: " Tout est calme. Aucun trouble. Souhaite rentrer." Il reçoit en retour un câble: " Vous prie de rester. Fournissez les illustrations. Je fournirai la guerre." Signé: Hearst..

William Randolph Hearst

William Randolph HearstD'un côté, William Randolph Hearst et le Journal; de l'autre, Joseph Pulitzer et le World. Pulitzer: patronyme emblématique de la déontologie. Pendant deux ans, ces escrocs publieront des fausses nouvelles carabinées. Assimileront les Espagnols à des " violeurs de nonnes ". Chaufferont à blanc la population des Etats-Unis. Au moins, le premier partage la cause des rebelles. Mais la guerre, la vraie, est celle des tirages. Cuba se vend, et bien. Cuba fait de Hearst un magnat de la presse.

En rade de La Havane

le cuirassé américain Maine explose

Rade de La Havane1898 Le 15 février 1898, en rade de La Havane, le cuirassé américain Maine explose: 260 morts chez les marines. Mine flottante ? Court-circuit dans le dépôt de munitions ? Un siècle après, l'enquête n'est pas close. Mais on devine que les Espagnols n'y sont pas pour rien.
Depuis un an, le spectre d'une intervention américaine les empêche de dormir, et les hurlements du Journal et du World aggravent cette insomnie. Avec le Maine, c'est l'hystérie. Un homme et un seul, aux Etats-Unis, refuse d'agresser l'Espagne: le président McKinley. " Il a autant de courage qu'un éclair au chocolat ", dit Theodore Roosevelt, opportuniste virtuose. Les élections approchent, et se déclarer contre l'invasion passe pour un défaut de patriotisme. Voire pour de la traîtrise. C'est donc l'assurance de ne pas être réélu au Congrès. A Madrid, la régente promet l'autonomie aux Cubains. Dans l'île, le général Gomez, qui réclame des armes à l'Amérique, refuse toute intervention. Le Congrès ne s'en préoccupe pas. Le 19 avril, ses membres votent la guerre.

Le commodore Dewey

Le commodore Dewey D'abord, aux Philippines. Le commodore Dewey s'en va couler quelques rafiots espagnols du côté de Manille et, l'air de rien, les Etats-Unis s'installent en Asie. A Cuba, ça plaisante moins. Les deux camps se sont surpassés: absence irréelle de préparation, commandement nul, inconscience et bravade des soldats.
Ces vertus s'appliquent à Roosevelt, qui se proclame colonel. A la tête de ses Rough Riders, avec un solide sens publicitaire, il prépare son futur à la Maison-Blanche. Pour les Américains, cette guerre marque la réconciliation nationale: on a confié des brigades à des officiers sudistes. En sortant son sabre à Las Guanimas, le général Joe Wheeler crie: " Sus aux Yankees! ".

Conflit à Cuba

Guerre d'indépendance cubaineA l'image de Hearst, chapeau de paille sur la tête et revolver à la hanche, Cuba sera le premier conflit couvert par des centaines de reporters - certains chargeant carrément avec la troupe.
Le 3 juillet 1898, dans les eaux de Santiago, six navires rouillés - l'escadre de l'amiral Cervera - sont alignés par les canonniers américains. Le Cristobal Colon coule, et quatre siècles avec lui. Le 16, la ville capitule. Le traité de Paris entérine le trépas de la colonie espagnole. Et la main basse des Etats-Unis sur l'île.

Le " grand voisin " en rêvait depuis longtemps. Déjà, en 1848 et en 1856, il avait fait une offre financière à l'Espagne. Qui avait ricanée. Alors rien de tel que cette guerre. Suivie d'une occupation militaire. De deux bases navales, à Bahia Honda et à Guantanamo. De l'amendement Platt, qui autorise les Etats-Unis à intervenir " chaque fois que la paix sociale et la sécurité de nos citoyens y sont menacées ".
Des présidents cubains soumis à cette comédie. Du temps des Espagnols, à New York et à Miami, les rebelles en exil avaient fondé le Club des cacahouètes. Sa raison d'être: collecte de fonds, envoi d'armes et propagande. Dans la foulée, tout président à Cuba produira ses enragés en Floride: les anti-Estrada Palma, les anti-Menocal, les anti-Machado, les anti-Batista, et on en passe. En somme, à la Petite Havane de Miami, les anti-Castro n'ont fait qu'honorer la tradition.

1958, mainmise économique

Barbudos à CubaMais la vraie mainmise sera économique. En 1958, à la veille de la victoire des barbudos, les hommes de Wall Street contrôlent 90% des mines, 90% des plantations, 80% des services publics, 50% des chemins de fer. Quant au pétrole, les bénéfices de la Standard Oil à Cuba dépassent le montant de l'aide des Etats-Unis à l'Amérique latine. En dépit du lobby betteravier, les Américains achètent le sucre insulaire à un tarif préférentiel. Par gros temps de crise sucrière, c'est la façon de tenir l'île.

A la pauvreté des noirs et des paysans s'oppose l'île des villégiatures. Désormais, la star passe par Cuba. La star est Cuba. Au début du siècle, Sarah Bernhardt et Caruso se produisent au Teatro Terry, à Cienfuegos.

En 1929, la famille Du Pont de Nemours pend la crémaillère de son Xanadu, sur les hauteurs de Varadero. Ces années-là, John Dos Passos et Ernest Hemingway amarrent leur bateau à La Havane et Gershwin y trouve les notes d'une Cuban Ouverture. Errol Flynn, lui, repère les bordels de qualité. Sur fond de mambo, de cha-cha-cha, Cuba incarne le glamour, avec Gary Cooper, Ava Gardner et Frank Sinatra...

La guerre d'indépendance cubaine :

Insurrection et émancipation à Cuba 1868-1898

Une révolution que le monde à oubliée de Ada Ferrer.

Fidel Castro et les Barbudos

1er janvier 1959 : Fidel Castro s'empare du pouvoir à Cuba - Fidel devient premier ministre avec un pouvoir quasi-dictatorial. Les barbudos triomphent...

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