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Une histoire détaillée du
jazz à Cuba reste à écrire. Cette île a produit des jazzmen
dont la réputation n'est plus à faire - certains ont définitivement
influencé la musique populaire du vingtième siècle : Armando
Peraza, Armando Romeu, Frank Emilio Flynn, Bebo Valdès et
son fils Chucho, Mario Bauza, Machito, Chano Pozo, Tata
Guines, Chico O'Farrill, Gustavo Mas, Orestes et Cachao
Lopez, Cachaito, Arturo Sandoval, Paquito D'Rivera, Emiliano
Salvador…
Premiers échanges
Les premiers échanges musicaux
sérieux entre les Etats-Unis et Cuba ont eu lieu lors de
la guerre hispano-cubaine-américaine en 1898. Les troupes
américaines présentes sur l'île avaient dans leurs bagages
des banjos et des rudiments de blues. Quelques années plus
tard, sous l'influence des habaneras à la mode exportées
de Cuba et Mexico, W. C. Handy composera ses fameux Memphis
Blues et St. Louis Blues. Le premier orchestre américain
de jazz à jouer à Cuba est celui du violoniste Max Dolin.
Au milieu des années 20 apparaissent les premiers grands
orchestres cubains, dont la structure sera copiée sur celle
des big bands américains et le répertoire composé de musique
populaire : son, guaguanco, guaracha, bolero etc. Ils se
produisent dans les hôtels de luxe et les cabarets de La
Havane pour satisfaire touristes blancs étatsuniens et bourgeoisie
blanche cubaine - les musiciens " trop noirs " sont exclus
des orchestres pour " ne pas déranger ". Certains orchestres
jouent des thèmes de jazz mais uniquement sur demande. Parmi
les plus célèbres : Orquesta Caribe (1920), Orquesta Cuba
(1922), Hermanos Castro (1929), Hermanos Palau, Hermanos
Duarte, Orquesta Riverside.
Pour la première fois, en
1937, l'orchestre Casino de la Playa, dans lequel se trouve
Miguelito Valdès, incorpore des percussions afro-cubaines.
Acteur, musicien, compositeur, chanteur, Valdès fut le mentor
de Chano Pozo. C'est grâce à lui que le percussionniste
débarque en 46 à New York, où le trompettiste Mario Bauza
le présente à Dizzy Gillespie. Miguelito veillera sur Pozo
jusqu'à sa mort, en 48. Dans les années 50, en marge de
l'orchestre de Benny Moré qui reprend de temps en temps
le répertoire de Glenn Miller, le big band du saxophoniste
Armando Romeu interprète des arrangements de Stan Kenton
et Gillespie au cabaret Tropicana, ouvert depuis 1939. Un
de ses trompettistes s'appelle Arturo Chico O'Farrill ;
déçu par le peu d'intérêt que la ville porte au jazz, Chico
quitte La Havane en 59 avec Gustavo Mas - le plus important
saxophoniste que Cuba ait produit. En 1967 se forme l'Orquesta
Cubana de Musica Popular sous la direction de Romeu. Plusieurs
musiciens de cet orchestre constitueront la base du groupe
Irakere en 1973.
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Le régime castriste ne
s'est jamais ouvertement opposé au jazz. En 62 fut créée
la Escuela Nacional de Arte avec son école de musique d'où
sont sortis tous les musiciens cubains qui triomphent aujourd'hui
sur la scène internationale : Sandoval, D'Rivera, Gonzalo
Rubalcaba… Les compagnies de disques - comme Panart où enregistrait
O'Farrill avant son départ - ont été nationalisées en 61.
Rca Victor quitte Cuba et pendant trente ans seuls deux
labels ont fonctionné sur l'île : Areito et Siboney, dirigés
par les studios Egrem, le gouvernement décidant qui pouvait
enregistrer et quand. Certains jazzmen se sont exilés, d'autres
sont restés, dont les membres d'Irakere qui fait ses débuts
sur Areito. Au début des années 90 une ouverture se produit
et des labels mixtes (à capitaux cubains et étrangers) apparaissent.
Depuis la révolution, les stations de radio n'ont cessé
de diffuser des émissions de jazz, comme "La Esquina del
Jazz", quotidienne depuis trente ans sur CBMF. S'y ajoutent
aujourd'hui deux programmes hebdomadaires dirigés par Ernesto
Masjuan, journaliste qui invite les musiciens locaux à venir
commenter leur production.
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