Histoire de la Salsa aux US par DANIEL GENTON
La Salsa à NY : Passage aux Sixties

Revenons aux années 50 et aux orchestres latins qui définissent à ce moment-là leur orchestration: Les sections de cuivres (saxes, trombones, trompettes) sont désormais soutenues par la rythmique du piano et de la basse complétée par le trio tumba, bongo et timbales.

arsenio rodriguez Cette dernière combinaison est le fruit de diverses influences, le bongo est issu des premiers Septetos de son, la Tumba d'origine étrangère au son y est introduite par Arsenio Rodriguez à la fin des années trente, et c'est par la suite Chano Pozo qui lui ouvre les portes du jazz et des grands orchestres. Le timbal O la base percussion typiquement cubaine, utilisée surtout dans le Danzon, contribue par le biais de Tito Puente à jouer un important rôle de liaison entre la paire bongo-tumba et le reste de l'orchestre. Le timbale remplace ainsi la batterie américaine issue du jazz et acquiert un nouveau langage, plus ouvert. Les échanges entre Cuba, NYC et le reste des Caraïbes sont à leur apogée quand le 1er Janvier 1959, Fidel Castro renverse le régime de Batista et implante le premier gouvernement communiste du continent.


Cet événement, d'une manière ou d'une autre, changerait le cours de l'histoire, de l'évolution musicale, reflet ou prolongation en fin de compte des faits sociaux. Pour le meilleur et pour le pire, rien ne serait plus comme avant, il faudrait désormais compter sans l'énorme richesse culturelle dont Cuba avait été la source.


Années '60
Dorénavant, la musique allait se développer sans l'influence cubaine, muselée autant par les priorités de son nouveau système politique que par le blocus imposé par les USA. Cependant, ce fait historique engendre une migration massive de musiciens cubains, spécialement à NYC qui assimile cette avalanche de musiciens grâce aux Big Bands alors au faîte de leur gloire.

Au milieu de la décennie, de nombreux big bands s'orientent vers le sphères du jazz américain ( Machito ).
Ce phénomène coïncide avec un coup de massue donné aux grands clubs de danse comme le fameux Palladium, tremplin du succès
Ils voient leur licence pour vente d'alcool retirée ce qui correspond à enlever les pneus à une voiture. Ceci entraîne d'ailleurs leur chute quelques années plus tard. Le public est contraint d'abandonner Broadway et retourner dans les petits clubs retirés qui ne peuvent guère accueillir plus de 10 musiciens, dans le meilleur des cas, pour d'évidentes raisons d'espace et d'argent.

Cette crise engendre malgré elle l'apparition de nouvelles petits orchestres qui quelques années plus tard vont établir les piliers d'un nouveau langage qui va connaître un succès sans pareil dans les années 70. Avant d'aborder ce chapitre, il semble capital de mettre en évidence d'autres éléments extérieurs qui participent de manière définitive à cette rupture.

En 1964 les Beatles débarquent à NYC et par le biais d'une campagne publicitaire sans précédent, ils imposent les bases d'une nouvelle culture ou contre-culture, un mouvement juvénile international qui embrasserait l'Europe et les USA. Cette nouvelle vision collective des choses trouverait un écho dans la guerre du Viêt-nam, les Beatniks, Malcolm X et tout ce qui pouvait être sujet à protester et a renverser l'ordre établi. A l'instar des USA et du monde, les pays caribéens connaissent aussi d'importants bouleversements sociaux et politiques.
Musicalement, la Pop Music (en anglais représentante du changement brutal, se répand de façon internationale et finit par s'implanter partout. Dans ce sens, il est important de relever le comportement des maisons de disques américaines. La plupart font partie d'immenses monopoles de communications Tv, News, cinéma ) et ont commencé leur infatigable processus de manichéisme bon marché.
Dans ce contexte, le diable était Cuba, pourtant vanté par les mêmes compagnies comme paradis terrestre quelques années auparavant.
L'immense machine qui contrôle les goûts du public avait décidé. Ce qui régissait le monde était la Pop et tout ce qui provenait des caraïbes était interdit, condamné à mort par les magnats de la grande culture des masses.


à suivre... Emergence de la Salsa

©2001, Daniel Genton