Polo Montañez
Un paysan simple et vrai


Mort de Polo Montañez >
L'histoire de Polo Montañez tient un peu du conte de fée… Cet ex-bucheron placide, chanteur pour touristes à ses heures perdues, est devenu en quelques mois une véritable star, d'abord à Cuba puis dans toute l'Amérique centrale où ses chansons ont envahi les ondes.

Repéré un beau jour sur une terrasse de restaurant par le producteur français José da Silva (Lusafrica), " Polo " ne tarde pas à se retrouver dans un studio à enregistrer son premier album. Par la grâce de ses chansons aux mélodies fluides et aux textes simples et sentimentaux, le disque ne tardera pas à être en tête des ventes et, par conséquence, dans l'autoradio de tous les chauffeurs de taxis de La Havane.

Un ex bûcheron devenu chanteur, nouvelle coqueluche du pays, qui relance les ventes à l'étranger, et qui distribue baisers et autographes, il pose pour la photo souvenir. Une bouteille de rhum circule de main en main. On l'entoure, on le flatte, le congratule. Polo Montanez sourit de toute cette effervescence autour de lui, savoure le moment avec un certain détachement.

Pour Polo Montañez, le bouche-à-oreille suffira peut-être à créer une rumeur favorable. Si l'on prend en exemple ce qui se passe à Miami avec lui : bien qu'interdit de radio (en tant qu'artiste vivant et travaillant à Cuba), il est numéro un des ventes dans tous les magasins.

il est la coqueluche de tous les Cubains depuis plusieurs mois. Les radios le jouent en boucle, et rares sont les chauffeurs de taxi qui n'ont pas sa cassette à portée de main. Démentant ceux qui voient dans le rap et la musique électronique le futur de la musique cubaine, Polo Montanez réunit toutes les générations. Ce succès a presque valeur d'énigme. Sa voix ne bouleverse pas, il n'invente rien, interprète des chansons sentimentales, du son, des boleros, des guajiras, du guaguanco. Sur scène, il n'est pas de ces artistes dont le charisme foudroie, il s'agite un peu pataud plus qu'il ne danse. Mais il sait le secret des paroles simples qui vont droit au cœur, il a l'art des mélodies fluides, familières dès la première écoute.


En écoute le disque >
Guitarra Mia
2ème Album
Lusafrica

Le visage buriné, à la ville comme à la campagne coiffé du chapeau qui le protège du soleil dans ses collines, pas fier pour deux sous, il est le prototype de l'antistar. En moins d'un an, pourtant, "Polo des montagnes", de son vrai nom Fernando Borrego Linares, a capté vers lui tous les regards. "Le déclic est venu de Colombie", explique José Da Silva. Il a rencontré Polo Montanez par hasard. C'était en 1999, non loin du coin où celui-ci est né voilà quarante-sept ans. Dans un restaurant, à Las Terrazas, un site touristique au cœur de la campagne verdoyante de la Sierra del Rosario, à une soixantaine de kilomètres de La Havane. Il a été d'emblée séduit par cet homme à la poignée de main chaleureuse, qui interprétait des chansons entendues nulle part ailleurs.
Pas de Guantanamera, Lagrimas Negras et autres Chan Chan, les habituels refrains au répertoire dans les restaurants de Cuba, rien que ses compositions propres.
Trois mois plus tard, José Da Silva revient pour enregistrer le nouvel album de l'Orquesta Aragon. Entre deux prises, " on en a profité pour mettre en boîte Guajiro Natural, le premier disque de Polo ". Une maquette glissée dans la main du directeur de MTM, le distributeur en Colombie de Lusafrica, et voilà bientôt l'humble paysan chanteur cubain, ancien bûcheron reconverti dans la chanson, fêté en Colombie.

"Les radios cubaines, qui jusqu'alors faisaient peu de cas de sa personne, ont alors commencé à s'intéresser à lui, poursuit José Da Silva. Quand il est passé à la télévision, les gens ont découvert un type gai, sympathique, vrai. Tout le pays a craqué." Il fallait maintenant sortir le disque à Cuba, où le support de prédilection des amateurs reste la cassette.

En écoute le disque >
" Guajiro Natural "
Lusafrica


Polo Montanez a effectué une tournée dans toutes les provinces, se produisant à chaque fois devant des dizaines de milliers de personnes. A Santiago, dans l'est de l'île, il a volé la vedette à l'une des grandes figures musicales locales, Eliades Ochoa, protagoniste du fameux projet collectif Buena Vista Social Club. Cet homme restera toujours comme il est, "un paysan simple et vrai".