Avoir un Chinois derrière soi...

Surviennent les années dures. Les chinois sont perçus comme des êtres à part, inquiétants et silencieux porte-malheur. Les Cubains utilisent l’expression " avoir un Chinois derrière soi " pour signifier être malchanceux.

On utilise leurs pétards et leurs feux d’artifices. En 1930, est introduit dans le carnaval un air chinois : la danse du lion, rebaptisée à tort du dragon chinois. Elle disparaîtra en 1961, pour revenir en 1983.

La traite des Chinois
L’histoire des Chinois de Cuba est tragique. Après l’abolition de la traite des Noirs, la puissance espagnole cherche aussitôt un substitut de main-d’œuvre. Les Chinois, amenés par les Anglais, vont remplacer les Africains qu’on ne peut plus importer. Dans les manufactures, les compagnies britanniques engagent alors des voyous, qui effectuent des razzias, arme au poing, dans l’intérieur. Ils ne recrutent que des hommes de moins de 34 ans. A Cuba, l’adaptation est difficile. Les Chinois ne savent pas utiliser la machette pour couper la canne à sucre. Très vite, se voyant trahis, beaucoup se rebellent.


Il y a des " cimarrones ", des " fuyards ". Les " hacendados "cherchent à les écarter des esclaves noirs, et dès le 3 juillet 1847, une ordonnance royale ordonne de séparer les Jaunes et les Noirs. Ce n’est pas le plus difficile : les Chinois vivent à part, se mêlant peu aux Noirs qu’ils méprisent. Nombre de châtiments sont établis et peu à peu durcis. Mais devant les excès des maîtres, les ordonnances vont vite « protéger » les travailleurs chinois : ainsi, en 1860, le travail n’est plus autorisé que de 3 heures du matin à 21 heures, ou jusqu’à midi le dimanche.

Ils gagnent trois pesos par mois et ne mangent quotidiennement qu’une petite galette et quelques tubercules avec du sucre. En 1861, 34 834 Chinois, dont 57 femmes, entrent sur le territoire. Beaucoup travaillent maintenant dans les usines de tabac. Après dix ou quinze ans, d’anciens " contratados "se libèrent et deviennent des commerçants reconnus. Des syndicats clandestins se créent. Les deux guerres contre les Espagnols, la " petite "et celle de l’indépendance, ont leur contingent de héros chinois. Ils entrent dans les redoutables forces mambis de Calixto Garcia. Certains, comme Juan Sanchez, ex-Lam Fukin, avaient mené en Chine des insurrections.

La Constitution de 1901 autorisa deux d’entre eux, le capitaine Jose Tolon et le commandant Jose Bu, à se présenter à la présidence de la République. Les Chinois avaient payé de leur sang, comme les Noirs, leur entrée dans l’histoire de Cuba.

<< Retour